3 syndicats d’opticiens portent 5 propositions communes pour l’avenir de la santé visuelle
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Le Rof (Rassemblement des opticiens de France), le Synom (Syndicat national des centres d’optique mutualistes) et l’AOF (Association des optométristes de France) ont présenté ensemble, au Silmo, un plaidoyer pour « une nouvelle santé visuelle ». De la prévention chez l’enfant à l’intervention en Ehpad, les trois organisations défendent cinq propositions pour élargir le rôle des opticiens dans le parcours de soins. Avec une méthode commune : « territorialiser, coopérer, protocoliser ».
Le plaidoyer commun présenté au Silmo par Jean-François Porte (président du Rof), Arthur Havis (vice-président du Synom) et Thibaud Thaëron (président de l’AOF), vise à renforcer la prévention et à renforcer l’accès aux soins en mobilisant les opticiens et la densité de leur maillage (environ 16 000 lieux d’exercice), sans obérer le rôle de l’ophtalmologiste qui « conserve la responsabilité du diagnostic, de la prescription et de la décision médicale ».
La première priorité de leur programme est la prévention chez l’enfant. Les trois organisations proposent de développer le dépistage de l’amblyopie en maternelle et celui de la myopie à l’école primaire et au collège, dans le cadre de protocoles associant notamment les ARS, l’Éducation nationale et des opticiens formés (seules 18 % des visites médicales obligatoires de la 6e année étaient réalisées en 2018, selon les intervenants).
Le deuxième chantier concerne le permis de conduire. La directive européenne 2025/2205 prévoit en effet une évaluation de la vision des demandeurs de permis et doit être transposée en France au plus tard en novembre 2028. Le plaidoyer demande ainsi que les opticiens soient habilités à effectuer les évaluations visuelles et à délivrer les justificatifs requis, avec orientation vers l’ophtalmologiste lorsqu’un avis médical est nécessaire.
La troisième proposition suggère de transformer le bilan réalisé lors du renouvellement des lunettes en véritable « bilan visuel », pouvant intégrer une tonométrie sans contact et une rétinophotographie. Les données seraient transmises au médecin prescripteur, qui conserverait leur interprétation et le diagnostic. Sur prescription médicale, l’opticien pourrait également contribuer au suivi technique de certaines pathologies chroniques telles que la DMLA, le glaucome ou la rétinopathie diabétique. La philosophie du dispositif est de faire du magasin un point de proximité capable de recueillir des données, sans transférer la décision médicale à l’opticien.
Le quatrième point consiste au développement de la téléconsultation ophtalmologique accompagnée. Depuis un magasin d’optique ou un établissement de santé, le patient pourrait consulter à distance un ophtalmologiste, tandis que l’opticien réaliserait sur place les examens nécessaires dans un cadre sécurisé (le Code de la santé publique permet déjà à un professionnel de santé d’assister un patient lors d’une téléconsultation, ont rappelé les organisations).
Enfin, la cinquième priorité s’attache aux personnes âgées dépendantes : 85 % des résidents d’Ehpad sont en perte d’autonomie ou ont besoin d’aide pour se déplacer et 68 % n’auraient pas bénéficié d’un suivi ophtalmologique depuis plus de trois ans. Le plaidoyer propose donc d’autoriser l’opticien du territoire à intervenir directement sur le lieu de vie, sur prescription d’un bilan visuel par le médecin coordonnateur ou le médecin traitant. L’objectif est notamment d’éviter des déplacements particulièrement lourds et complexes pour ces seniors lorsqu’ils ne disposent pas d’ordonnance valide.
« Il faut qu’on reparte du bas »
Pour transformer ce plaidoyer en dispositifs opérationnels, les trois syndicats revendiquent une méthode : « Territorialiser. Coopérer. Protocoliser. » Au lieu de demander une extension uniforme des compétences à l’ensemble du territoire, très difficile voire impossible à obtenir à court ou moyen terme, ils entendent favoriser des expérimentations locales associant opticiens, ophtalmologistes et orthoptistes, notamment au sein des Communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS).
« Aujourd’hui, il faut qu’on reparte du bas », a défendu Jean-François Porte, invitant les opticiens à rejoindre les CPTS et à construire localement des protocoles avec les autres professionnels. L’objectif est de démontrer que ces coopérations fonctionnent sur le terrain, avant de demander leur extension aux pouvoirs publics.
Cette évolution devra s’accompagner d’un travail sur la formation. Le Rof, le Synom et l’AOF travaillent ainsi en parallèle sur une réforme du cursus d’opticien, avec la volonté de porter la formation à 3 ans, au niveau licence, avec davantage de stages, notamment en milieu médical.
Ces cinq propositions constituent un tronc commun pour les trois organisations. Chacune reste libre de porter ses propres projets, au-delà de ce plaidoyer.
Photo : Thibaud Thaëron, Jean-François Porte, Arthur Havis, le 27 septembre au Silmo.




