Escroquerie et blanchiment en optique : une enquête met à jour une fraude à plusieurs millions d’euros
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Un système présumé de remboursements indus associant opticiens, prescripteurs et assurés sera examiné par le tribunal correctionnel de Paris en mai et juin 2027. Le parquet évalue le préjudice à plusieurs millions d’euros par an depuis 2023, essentiellement au détriment des Ocam.
Vingt-deux personnes physiques et quinze personnes morales ont été convoquées devant le tribunal correctionnel de Paris dans une affaire d’escroquerie et de blanchiment présumés en bande organisée dans notre secteur. Selon un communiqué du parquet daté du 25 septembre, onze personnes, dont trois opticiens et trois présidents d’associations de santé, ont été déférées la veille puis convoquées par procès-verbal. Onze autres personnes physiques et quinze personnes morales ont également reçu une convocation aux mêmes audiences. Au total, une dizaine d’opticiens seraient impliqués.
L’enquête préliminaire, ouverte en 2025 après le signalement de complémentaires santé, a été dirigée par la section économique et financière du parquet de Paris et confiée à l’Office central de lutte contre le travail illégal (OCLTI). Des perquisitions ont été conduites dans des magasins d’optique, des centres de santé et des cabinets d’ophtalmologie entre janvier et juillet 2026. Le parquet mentionne également le recours à des techniques spéciales d’enquête.
Le mécanisme décrit par l’accusation reposait sur la recherche d’une prise en charge maximale par les Ocam. Les assurés auraient bénéficié de remboursements indus sous forme d’avoirs, utilisables pour choisir différents produits d’optique, notamment des solaires. Les opticiens concernés auraient ainsi augmenté leur activité grâce à une attractivité que le parquet qualifie de déloyale à l’égard de leurs concurrents. Les prescripteurs auraient, de leur côté, bénéficié d’un afflux de patients. Le communiqué évoque des centres de santé détournés de leur statut d’association à but non lucratif. Des prescriptions auraient également été établies pour des consultations fictives. Dans certains magasins visés, les opérations frauduleuses présumées auraient représenté jusqu’à 50 % de l’activité. Le parquet évoque des montants de plusieurs millions d’euros par an depuis 2023.
Les onze personnes déférées le 24 septembre ont été placées sous contrôle judiciaire, avec notamment une interdiction de gérer une société ou de présider une association, des obligations de pointage et des interdictions de contact entre certains protagonistes. Un cautionnement de 1 500 à 15 000 euros leur a été imposé selon les cas.
Une audience de mise en état est fixée au 10 décembre 2026, devant la 13e chambre du tribunal correctionnel de Paris. L’examen au fond doit se dérouler sur onze journées, du 24 mai au 15 juin 2027. Selon le parquet, les personnes poursuivies encourent jusqu’à 10 ans d’emprisonnement, outre la confiscation des avoirs saisis incluant du matériel d’optique estimé à 1,3 million d’euros.
Les informations issues de l’enquête ont par ailleurs été transmises aux administrations et autorités compétentes. Elles pourraient conduire à des redressements fiscaux, au déconventionnement de médecins par l’Assurance maladie et à des sanctions disciplinaires de l’Ordre des médecins. Ces suites éventuelles seront distinctes du procès pénal.




