Fraude : les ophtalmos pointent du doigt les ordonnances de complaisance en contactologie

Publié le 15/05/2026

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La rencontre organisée le 9 mai par le Snof (par le Syndicat national des ophtalmologistes de France) lors du congrès de la Société française d’ophtalmologie, a abordé les mauvaises pratiques de certains acteurs de la filière, opticiens mais aussi prescripteurs.

« La tendance actuelle est la judiciarisation des relations : les gens vont aujourd’hui en justice car il y a de l’argent en jeu, a expliqué d’emblée Vincent Dedes, président du Snof. C’est aussi une façon d’influencer les politiques ou les syndicats. Ça fait partie de notre rôle d’aller au conflit. » Il a mis en avant le durcissement et l’amélioration de l’efficacité des contrôles opérés par l’Assurance maladie, notamment pour lutter contre les dérives de certains centre de santé, et la perspective d’une montée en puissance de ces actions grâce aux dispositions de la loi anti-fraudes, récemment adoptée. « Les contrôles sont réalisés dans un second temps, ce qui explique la longueur des procédures. Mais le fait d’avoir été remboursé ne vaut pas validation », a-t-il ajouté.

Pour le représentant des ophtalmologistes, « c’est la fin de l’accès aux soins à tout prix », l’amélioration de la démographie médicale dans certains territoires modifiant progressivement les priorités des pouvoirs publics et de l’Assurance maladie. Il dénonce également l’influence d’acteurs accusés de défendre avant tout des intérêts économiques. « Ce sont souvent les mêmes : les prescripteurs dans la télémédecine exerçaient souvent dans des centres de santé qui posaient problème, et des think tanks sont perfusés par ces mêmes acteurs », a-t-il été affirmé. Dans ce contexte, la Cnam étudie de plus en plus la pertinence des prescriptions : « Est-elle utile ? Doit-elle être prise en charge ? »

La moitié du marché des lentilles serait frauduleuse

La question des prescriptions de lentilles a émergé lors des échanges, suite à l’intervention d’une ophtalmologiste affirmant que, depuis le plafonnement du remboursement des montures, « des opticiens demandent de manière anodine une prescription de lentilles ».  Vincent Dedes a alors évoqué des chiffres préoccupants : « Pour la Drees, la contactologie représente 800 millions d’euros de dépenses. Pour les fabricants de lentilles, c’est 359 millions d’euros, auxquels on peut ajouter 30 à 40 millions pour les produits d’entretien. Aujourd’hui, 400 millions d’euros sont sortis sur des lentilles jamais vendues. » Selon lui, dans certains territoires en tension, ces pratiques peuvent même devenir « un élément concurrentiel entre deux ophtalmologistes ».

La conférence a, enfin, été marquée par de vifs échanges avec Lyleoo, sur fond d’une procédure lancée (notamment pour diffamation) par la société de téléexpertise contre le Snof. « On reste dans la possibilité et pas la systématisation d’une délivrance d’ordonnances pour des lunettes », a défendu un représentant de l’entreprise, en précisant que les prescriptions émises dans ce cadre « sont non renouvelables » et visent à réintégrer les patients dans un « parcours conventionnel », notamment via des messages pédagogiques intégrés au compte-rendu remis au patient. Le président du Snof a précisé que, de son côté, le point problématique n’était pas l’outil mais la façon dont il était utilisé, par exemple en promettant une ordonnance en quelques heures, éloignant le patient d’un suivi médical : « On a très probablement aujourd’hui 3 000 à 5 000 patients qui sont dans la nature sans dépistage d’hypertonie, sans traitement », a alerté Vincent Dedes, en insistant sur l’existence de référentiels médicaux encadrant ces pratiques : « Les sociétés savantes ont mis au point un référentiel extrêmement clair : si on le respecte, il n’y a pas de sujet », a-t-il conclu.

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