Lunettes reconditionnées : « les opticiens ne sont pas très pro-actifs »

Publié le 27/05/2026

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La remise en bon état d’usage (RBEU) des montures optiques dispose désormais d’un cadre réglementaire solide, avec la publication, en mars dernier, des derniers textes d’application nécessaires. La structuration de cette filière reste cependant suspendue à des modalités non encore définies, notamment le remboursement et la taxation de ces produits. Les opticiens doivent également entrer dans la dynamique et s’approprier ce sujet. Ces questions ont fait l’objet d’une table ronde organisée ce 27 mai par Lunettes de Zac, en présence de la direction d’Atol, de parlementaires et de représentants d’Ocam.

Fondée par Ophélie Vanbremeersch, la start-up Lunettes de Zac collecte, remet en état et revend ou distribue des montures usagées. Depuis 2025, l’entreprise s’appuie notamment sur un partenariat stratégique avec son actionnaire Atol : les montures sont aujourd’hui proposées dans 80 points de vente du réseau. Pour Eric Plat, PDG de la coopérative, ce sujet va plus loin qu’il n’y paraît : « la réindustrialisation va passer par le reconditionnement. Cela a du sens par rapport à la quantité de produits qu’on a déjà sur notre territoire. La seconde main en optique devrait faire partie des 150 projets stratégiques identifiés par l’État pour relancer l’industrie dans notre pays », a-t-il déclaré.

Cela implique un changement d’échelle qui ne pourra avoir lieu sans prise en charge financière. « Sans remboursement, la filière des lunettes reconditionnées ne pourra pas se développer », a affirmé Agnès Firmin-Le Bodo. Le député Fabrice Roussel, co-auteur d’une proposition de loi en ce sens, confirme le propos, en assurant connaître « des entreprises prêtes à se lancer » mais bloquées par l’absence de remboursement. Et ce, alors même que les dispositifs médicaux reconditionnés permettraient de fortes économies pour la Sécurité sociale.

Une fiscalité et une réglementation à inventer

Le législateur avance avec prudence. Julie Lassus, collaboratrice du député Thibault Bazin sur les questions de transition environnementale, rappelle que le chantier est désormais essentiellement réglementaire : « Avant d’envisager un mode de remboursement incitatif comme pour le 100 % santé, il faut s’assurer d’une bonne structuration de la filière. » Le sujet pourrait revenir dans les discussions du PLFSS 2027.

Parmi les autres pistes évoquées figure la création d’une TVA circulaire à 5,5 % sur les montures reconditionnées. Cette mesure, soutenue par Eric Plat et le sénateur Michel Canévet (vice-président de la commission des finances), rendrait les équipements reconditionnés plus compétitifs et favoriserait leur diffusion. La mise en place d’une REP (responsabilité élargie du producteur) en optique est également envisageable : « les fabricants pourraient donner un certain nombre d’informations sur leur produit qui permettraient son reconditionnement. Ces informations pourraient être mises sur un cloud dédié », suggère le PDG d’Atol.

Des mutuelles prêtes à accélérer et des opticiens à convaincre

L’Unocam s’est montrée frileuse, mais certains financeurs sont prêts à se lancer. M comme Mutuelle, partenaire pionnier de Lunettes de Zac, souligne la nécessité de disposer d’un code LPP pour la prise en charge AMC. Son directeur général, Jérôme Rehlinger, affirme que la mutuelle sera « ravie d’aider [ses] adhérents à acheter ces montures », mais ne souhaite par une règlementation trop stricte, car il voit dans cette future garantie « une opportunité de différenciation pour les Ocam ». Harmonie Mutuelle s’apprête quant à elle à rembourser au 1er euro les prothèses et orthèses reconditionnées. « Pour les lunettes, nous avons commencé un travail avec Ecouter Voir. Nous allons discuter avec nos clients et les professionnels de santé pour trouver un modèle qui plaise à tout le monde », a annoncé Lionel Fournier, directeur impact et santé durable. L’adhésion de la profession reste enfin un enjeu majeur. Eric Plat reconnaît que les magasins Atol doivent encore être « acculturés » au reconditionnement : « Nos opticiens ne sont pas très pro-actifs. Certains ne pensaient même pas à faire des réassorts pour les montures reconditionnées », regrette-t-il. Pour Agnès Firmin-Le Bodo, « la première des choses est bien sûr d’embarquer les opticiens. Ensuite, il faudra convaincre les consommateurs mais je ne suis pas inquiète là-dessus. Le 3e point sera de gérer la pérennité de la filière ».

En photo, de gauche à droite : le député Fabrice Roussel, Eric Plat, Julie Lassus, Agnès Firmin-Le Bodo, le sénateur Michel Canévet

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